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Les 10 principales menaces numériques dans la chaîne de transport automobile en Europe

Et comment l'industrie automobile peut se défendre

 

La chaîne de transport automobile, de l'usine au client final et tout ce qui se trouve entre les deux, est de plus en plus numérisée. Cela accroît l'efficacité, mais introduit aussi de nouvelles menaces. En Europe, et plus particulièrement aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Belgique, au Danemark et en Autriche, nous observons des risques similaires. Nous examinons ci-dessous les dix menaces numériques les plus courantes dans cette chaîne, des adresses de chargement et de déchargement aux transporteurs, en passant par les composés, les concessionnaires automobiles et les plateformes automobiles en ligne.

 

Chaque menace est expliquée à l'aide d'exemples concrets, de cas ou d'incidents. Nous nous concentrons sur les cyber-risques, y compris le vol physique ou le sabotage facilité par des moyens numériques tels que le brouillage du GPS, le vol sans clé ou le cambriolage par le biais de systèmes piratés. Pour chaque menace, nous examinons les lacunes et, le cas échéant, nous fournissons un contexte pour d'éventuelles contre-mesures.
Les menaces numériques suivantes sont examinées :

De nombreuses menaces affectent simultanément plusieurs maillons de la chaîne. Un bon niveau de sécurité chez toutes les parties, des prestataires de services logistiques aux distributeurs, est donc essentiel pour rendre l'ensemble de la chaîne plus résiliente.

 

1. Vol sans clé : déverrouiller les voitures sans clé

Illustration of keyless car theft

Les voitures modernes équipées de systèmes d'entrée sans clé sont très vulnérables au vol par relais. Les voleurs utilisent de simples amplificateurs radio pour étendre le signal de la clé, de sorte que la voiture pense que la clé est à proximité et se déverrouille/démarre. Cette opération ne laisse aucun signe d'effraction et prend souvent moins d'une minute. Une vaste étude ADAC/FDM a montré que près de 90 % des voitures testées dotées d'une fonction sans clé pouvaient être volées de cette manière. Sur 698 modèles, seuls 65 n'ont pu être ouverts et démarrés à l'aide d'une telle astuce numérique. Aux Pays-Bas, cela se reflète dans les chiffres des vols : plus de 60 % de toutes les voitures volées en 2024 étaient équipées d'un système d'ouverture sans clé, ce qui démontre la grande vulnérabilité de cette technologie pour les criminels. Avec un petit appareil placé à la porte d'entrée, les voleurs peuvent intercepter le signal de la clé, ouvrir et repartir avec la voiture presque immédiatement, sans activer l'alarme. Le problème est connu depuis 2011, et le nombre de vols utilisant cette méthode ne cesse d'augmenter.

 

Exemple : À Berlin, la police a vu le nombre de vols passer à 3 855 voitures en 2024, le vol de relais étant une tendance explosive. Cette méthode est populaire car elle ne nécessite pas de connaissances avancées en matière de piratage. De plus, le matériel nécessaire est facile à se procurer. Les voleurs de voitures ciblent principalement les modèles dépourvus de dispositifs de sécurité supplémentaires, tels que la mesure de distance à bande ultralarge qui empêche le vol de relais. Les constructeurs ont maintenant apporté des améliorations aux modèles les plus récents, mais une grande partie du parc automobile reste vulnérable.

 

2. Manipulation électronique des voitures

Outre les attaques par relais, les voleurs utilisent également des systèmes avancés de piratage du bus CAN et de l'OBD II pour détourner numériquement les véhicules. Par le biais du connecteur de diagnostic (OBD) ou d'un accès direct au câblage, les criminels peuvent manipuler le logiciel du véhicule, programmer de nouvelles clés ou contourner le dispositif d'immobilisation. Une technique récente est l'injection CAN : les voleurs ouvrent l'unité de phares, par exemple, et connectent un dispositif au câblage interne du bus CAN. Cela leur permet d'envoyer de fausses commandes qui font croire à la voiture qu'une clé valide est présente. Ils peuvent ainsi déverrouiller et démarrer la voiture en 30 secondes seulement.

CAN bus and OBD II car hacking illustration

Il ne s'agit pas d'un risque théorique.

 

Les recherches menées par les experts en sécurité Ian Tabor et Ken Tindell montrent comment une Toyota RAV4 a été volée à Londres via le câblage des phares. Les voleurs ont utilisé un dispositif disponible en ligne (~1 500 £) pour usurper l'identité de la clé sur le bus CAN et démarrer le moteur. Des méthodes similaires ont également été observées en Belgique et aux Pays-Bas pour le vol de modèles populaires tels que les Toyota RAV4 et les Lexus SUV, qui sont souvent volés pour les pièces détachées.

 

En 2025, l'Association allemande des assurances (versicherungsbranche, GDV) a averti que les véhicules de luxe équipés de systèmes électroniques de verrouillage du volant et de systèmes sans clé sont particulièrement vulnérables au "vol silencieux". Il s'agit d'un vol dans lequel les pirates utilisent des ordinateurs portables ou des équipements radio pour voler les voitures sans déclencher l'alarme.

 

Exemple : Les polices belge et néerlandaise ont saisi à plusieurs reprises du matériel pouvant être utilisé pour démarrer des voitures via le port OBD. Dans un cas à Rotterdam, une bande a été arrêtée qui utilisait des ordinateurs portables et des cartes-clés clonées pour déverrouiller des voitures sur place. De tels dispositifs OBD et même des "kits de clonage de clés" complets sont commercialisés sur des forums Internet et sur le dark web. Cela montre bien que la sécurité mécanique traditionnelle ne suffit plus. Les points d'accès numériques constituent désormais la plus grande faiblesse de la chaîne de sécurité.

 

 

3. Sabotage des systèmes de localisation des véhicules

Les acteurs de la logistique s'appuient sur les traceurs GPS et la télématique pour suivre les véhicules et les cargaisons. Les criminels utilisent donc souvent des brouilleurs GPS (émetteurs d'interférences) pour saboter ce suivi. Un brouilleur GPS émet des interférences radio qui rendent le véhicule introuvable par les systèmes de localisation. Il s'agit d'une menace critique dans la chaîne du transport automobile : les transporteurs de voitures volées ou les voitures de luxe disparaissent des radars. En Europe, l'utilisation abusive de cette technologie est de plus en plus fréquente dans la criminalité liée au transport. Les gangs ont de plus en plus recours au brouillage du GPS, à la fraude numérique sur les cargaisons et aux enlèvements fictifs.

 

Lesrapports de l'industrie montrent que les voleurs organisés désactivent les traceurs dans plus de la moitié des cas. Dans le cadre d'une vaste opération d'Europol ("Matador"), des voitures de location de luxe ont été emmenées dans des ateliers illégaux après avoir été volées, où les émetteurs GPS ont été immédiatement désactivés ou retirés. Parfois, ils installent même leurs propres émetteurs pour tromper la police. Une analyse du FBI a conclu que les criminels désactivent ou brouillent régulièrement les traceurs GPS dans les cas de vol de cargaisons. Les risques ne se limitent pas aux dispositifs physiques. Les traceurs peuvent également être mis "hors ligne" en piratant les plateformes télématiques (voir menace numérique 4).

 

Incidents particuliers : En Allemagne, point névralgique du vol de marchandises en Europe, on a signalé la disparition de combinaisons entières de camions après que des voleurs ont perturbé les signaux GPS en cours de route. Un exemple notoire est celui d'un vol commis en 2023 sur l'autoroute A7, où des voleurs ont brouillé les traceurs de 67 camions en une seule nuit pour permettre un vol coordonné à grande échelle. Ces cas montrent que le brouillage du GPS réduit considérablement les chances d'arrestation.

 

4. Piratage des systèmes télématiques des véhicules

Les véhicules et les moyens de transport deviennent de plus en plus "intelligents" et de plus en plus connectés à l'internet. Cela ouvre la porte à des piratages à distance qui peuvent impliquer à la fois le sabotage et le vol. Par exemple, un pirate qui accède aux systèmes télématiques d'un camion ou d'une voiture peut manipuler sa position, immobiliser le véhicule à distance ou, à l'inverse, le déverrouiller et le faire démarrer sans clé. De tels scénarios ne sont plus hypothétiques. En 2025, des chercheurs ont présenté une grave vulnérabilité dans le système de vente en ligne d'un grand constructeur automobile, qui permettait de prendre le contrôle des voitures à distance. En s'introduisant dans le réseau de concessionnaires, un pirate éthique a réussi à attribuer une voiture à son propre compte et à localiser, déverrouiller et démarrer la voiture via l'application mobile officielle. Cette mesure s'appliquait à tous les modèles de cette marque équipés d'un système télématique connecté depuis 2012. Cela indique le potentiel d'abus de masse si des parties malveillantes avaient découvert cela plus tôt. (Pour les criminels qui lisent ces lignes : la fuite a été corrigée depuis).

 

Les camions et les véhicules commerciaux sont également des cibles. Ils sont de plus en plus souvent connectés à des plateformes logistiques en nuage pour la planification des itinéraires, la maintenance ou les données relatives au fret. Si un pirate informatique pénètre dans ces systèmes, il peut, par exemple, activer ou désactiver des dispositifs d'immobilisation numériques, influencer la gestion du moteur ou manipuler les valeurs des capteurs. En théorie, un individu malveillant pourrait ainsi saboter un camion en mouvement. Pensez à provoquer des pannes de freins ou de moteur. Heureusement, de telles attaques n'ont pas encore été signalées publiquement "dans la nature". Toutefois, certains signes indiquent que des groupes criminels explorent ce type de piratage. En 2024, Europol a averti que les voleurs de voitures organisés font de plus en plus appel à des "spécialistes des technologies de l'information" pour forcer les véhicules sécurisés, plutôt que d'utiliser la force physique.

 

Exemple : Le célèbre piratage de la Jeep Cherokee (États-Unis, 2015) a montré que les attaques "over-the-air" sont une réalité. Des chercheurs ont pu couper le moteur à distance grâce à une fuite dans le système d'infodivertissement. De telles vulnérabilités ont depuis été trouvées et corrigées dans des marques européennes (BMW, Tesla, etc.). Néanmoins, cela reste une source d'inquiétude. L'ENISA, l'Agence européenne pour la cybersécurité, cite les attaques de ransomware sur la production automobile et le vol de données via les logiciels des véhicules comme des menaces émergentes dans le secteur des transports. En effet, un seul piratage réussi chez un grand constructeur automobile peut perturber l'ensemble de la chaîne de distribution. C'est le cas du piratage de Jaguar Land Rover en 2025, qui a interrompu la production pendant des semaines et stoppé les livraisons dans le monde entier. Cela souligne que la sécurité numérique des véhicules et de leurs systèmes d'assistance est essentielle pour prévenir le sabotage ou le vol.

 

 

5. Phishing et ingénierie sociale des partenaires de la chaîne

Les facteurs humains restent un maillon faible. Les courriels d'hameçonnage, les faux messages et l'ingénierie sociale sont utilisés pour accéder aux systèmes logistiques ou pour tromper les employés. Dans le monde du transport automobile, il peut s'agir, par exemple, d'un faux courriel d'un "client familier" demandant un changement d'adresse de livraison, d'une fausse instruction au nom d'un directeur pour remettre une voiture, ou d'un lien malveillant qui installe un logiciel malveillant sur le réseau d'un transporteur. Une enquête sectorielle menée aux Pays-Bas (2025) a montré que 80 % des entreprises de transport et de logistique considèrent la cybercriminalité comme un risque, les méthodes d'attaque les plus courantes étant l'hameçonnage (phishing) et la fraude à la facture. Les criminels utilisent ces méthodes pour voler des données de connexion ou détourner des paiements.

 

Les exemples concrets sont innombrables. En 2024, un employé d'une entreprise allemande de logistique a été incité à se connecter à un faux portail informatique par le biais d'un courriel d'apparence convaincante. Les attaquants ont obtenu un accès VPN et un aperçu des horaires de transport. Ce type de spear phishing, qui cible des employés spécifiques disposant d'un accès, peut être utilisé, par exemple, pour savoir quand et où une cargaison de voitures de luxe sera livrée, afin de planifier un cambriolage ou un vol. La fraude à la facture existe également. Il s'agit d'intercepter ou d'imiter les communications entre, par exemple, un concessionnaire et un transporteur afin de modifier les numéros de compte bancaire sur les factures. En France et en Belgique, il y a eu des incidents au cours desquels des concessionnaires ont versé des sommes importantes pour des véhicules prétendument livrés sur des comptes de fraudeurs après avoir réussi à pirater des courriels.

 

Un exemple international bien connu d'ingénierie sociale concerne le secteur portuaire d'Anvers. Bien qu'il s'agisse d'un cas de contrebande de drogue, la méthode est toujours d'actualité. Les pirates se sont infiltrés dans les systèmes informatiques et ont eu accès à la planification des terminaux, ce qui leur a permis de retirer des conteneurs du port à l'insu de tous et au moment opportun. Dans la chaîne automobile, une approche similaire pourrait signifier que des criminels accèdent au système de planification d'un complexe et "libèrent" ainsi un chargement de voitures à un faux transporteur (voir la menace numérique 6). Les procédures de sensibilisation et de vérification, telles que la double vérification par téléphone ou par un autre canal, sont essentielles pour détecter les attaques par hameçonnage et ingénierie sociale.

 

6. Ordres de transport fictifs et faux transporteurs

L'enlèvement fictif est un mode opératoire de plus en plus répandu en Europe. Les criminels se font passer numériquement pour des transporteurs légitimes afin d'enlever et de voler des véhicules, par exemple. Par l'intermédiaire de plateformes de bourse de fret en ligne ou de fausses commandes de transport, ils détournent des transports sans les pirater au départ, mais en recourant à la tromperie et à l'usurpation d'identité. Cette méthode est apparue en Allemagne ces dernières années. Selon la TAPA et les assureurs, la fraude numérique au fret, les ordres de chargement fictifs et les identités volées sont de plus en plus utilisés. Un faux transporteur s'inscrit pour un ordre de transport, par exemple pour collecter des voitures dans un entrepôt, en utilisant de faux documents ou une identité d'entreprise volée. Une fois la cargaison remise, le fret et le "transporteur" disparaissent.

 

En 2021, un gang utilisant cette méthode dans plusieurs pays de l'UE a été démantelé. Ils utilisaient des bourses de fret numériques pour obtenir des commandes et envoyaient ensuite des chauffeurs munis de fausses pièces d'identité, de faux permis de conduire et de fausses plaques d'immatriculation. Eurojust a indiqué que dans un cas, 34 suspects ont été arrêtés pour avoir volé des marchandises d'une valeur de 1,3 million d'euros. Ces vols s'accompagnent souvent du vol de données d'entreprise. Par exemple, un chauffeur a récemment été arrêté en Allemagne alors qu'il avait accepté un voyage à Munich par l'intermédiaire d'un courtier numérique sous le nom d'une société de transport polonaise de bonne foi, avec de faux numéros de suivi de véhicule et de faux documents CMR. Cette usurpation d'identité a rendu difficile l'éveil immédiat des soupçons.

 

Les groupes criminels acceptent des ordres de transport sous de fausses identités (ou des identités volées), récupèrent des véhicules ou des cargaisons de valeur, puis disparaissent. Les avertissements de l'industrie et de la police néerlandaises font état d'une nette augmentation. Selon la BNR, il y a maintenant environ cinq rapports par semaine. Cette fraude fait souvent appel à des communications numériques professionnelles, à des sites web, à des documents, à des autorisations et à la fraude à l'identité, ce qui peut induire en erreur les contrôles effectués à l'adresse de chargement.

 

TransConnect teste la validation des procurations

Chez TransConnect, nous travaillons continuellement à renforcer la sécurité au sein de notre plateforme et de nos processus logistiques. L'une des nouvelles mesures les plus importantes que nous introduirons prochainement est la validation QR des procurations. Chaque procuration émise via TransConnect contient un code QR et un code PIN uniques. Lorsqu'un chauffeur arrive pour charger des véhicules, le lieu de chargement peut scanner le code pour vérifier si le transporteur est toujours autorisé à ce moment-là. Dès qu'une commande est annulée ou qu'un transporteur perd son autorisation, le code QR est automatiquement invalidé. Cela permet d'éviter l'utilisation abusive de documents anciens ou falsifiés.

Avec cette technologie, TransConnect franchit une nouvelle étape dans la lutte contre la fraude dans la logistique automobile. Elle offre une sécurité supplémentaire aux clients et aux partenaires et rend l'autorisation de transport manifestement fiable.

 

7. Ransomware et attaques informatiques contre les prestataires de services logistiques et les concessionnaires

Les attaques par ransomware constituent l'une des plus grandes menaces cybernétiques dans le secteur du transport et de la logistique. Les criminels s'introduisent dans les réseaux des entreprises, cryptent les données et demandent une rançon. Dans la chaîne de transport automobile, ces attaques peuvent paralyser des opérations entières. Pensez aux planificateurs de transport qui ne peuvent pas accéder aux commandes, ou aux concessionnaires dont les systèmes sont hors service. En 2024/2025, plusieurs incidents ont eu lieu dans la région. En février 2023, le concessionnaire Volvo Ton van Kuyk à Alkmaar a été touché par un ransomware. Le matin, les employés ont trouvé le message "Nous vous avons piraté, payez pour déverrouiller vos données" sur tous les PC. Les attaquants (le groupe LockBit) demandaient une rançon d'environ 300 000 dollars en bitcoins. Grâce à de bonnes sauvegardes, le concessionnaire a pu récupérer la plupart de ses données sans payer, mais il a été indisponible pendant quatre jours. Les ventes et les services ont dû être effectués sur papier et programmés ultérieurement. Des données relatives aux clients, telles que des copies de cartes d'identité, peuvent également avoir été volées, ce qui a donné lieu à un rapport à l'autorité de protection des données et à l'émission préventive de nouvelles cartes d'identité pour les clients concernés. Ce cas montre que les entreprises de taille moyenne (95 employés) sont également des cibles. "Nous nous sommes dit : qu'y a-t-il à nous voler ? Mais apparemment, cela n'a pas d'importance pour les cybercriminels", a déclaré le directeur financier.

 

Les transporteurs logistiques des Pays-Bas et des pays voisins ont également été touchés. Fin 2024, par exemple, AB Texel (NL) a subi une attaque de ransomware (groupe Cactus) qui a obligé l'entreprise à restaurer ses systèmes et à enquêter sur les données. Une autre entreprise de transport, Klarenbeek, a vu les pirates Blacksuit voler des données essentielles et crypter des fichiers en novembre 2024. Les opérations commerciales et les données des clients ont été immédiatement compromises. Ces exemples s'inscrivent dans une tendance plus large. Selon l'Agence de l'Union européenne pour la cybersécurité, les ransomwares constituent la principale menace dans le secteur des transports depuis 2022. Les conséquences sont graves : des arrêts de production et de livraison aux dommages financiers et à la perte de réputation. Dans une enquête sectorielle, 16 % des entreprises de transport ont indiqué qu'elles avaient déjà subi des dommages financiers à la suite de cyberincidents. Les ransomwares en sont souvent la cause.

 

NotPetya cyberattack visual

 

Impact transfrontalier : En 2021, l'attaque NotPetya a partiellement paralysé le port à conteneurs de Rotterdam (Maersk en a été victime), ce qui a également retardé le transport de voitures par bateau. Cela montre qu'une cyberattaque contre une partie peut avoir un effet domino sur l'ensemble de la chaîne. Compte tenu de l'intégration des réseaux de transport en Europe, il est essentiel de renforcer la cyber-résilience à tous les maillons de la chaîne. C'est pourquoi de nombreuses entreprises investissent désormais davantage dans la sécurité et pratiquent la réponse aux incidents, en partie sous la pression de réglementations plus strictes(NIS2, etc.).

 

8. Fuites de données et informations sensibles entre de mauvaises mains

L'information vaut son pesant d'or. C'est certainement le cas dans la chaîne automobile, où des biens coûteux sont en jeu. Les fuites de données, qu'elles soient dues à un piratage ou à une erreur humaine, constituent une menace car elles permettent aux criminels de frapper de manière plus ciblée. Pensez aux listes de véhicules livrés, aux données des clients, aux horaires de transport ou aux codes d'accès et d'alarme. Si ces données sont divulguées, les voleurs peuvent savoir exactement où et quand se trouvent certaines voitures et quelles sont les mesures de sécurité en place. En France, en 2022, une fuite a été découverte dans un grand groupe automobile, et des milliers de numéros VIN et de données de localisation de voitures neuves se sont retrouvés dans la rue. Ces données pourraient être utilisées pour voler des modèles spécifiques "en commande" directement à partir d'un complexe.

 

Cyber-risques pour l'industrie automobile

Le vol de données de connexion constitue un autre risque. Une violation de données chez un fournisseur ou un partenaire peut produire des identifiants (noms d'utilisateur/mots de passe) que les attaquants peuvent utiliser pour s'infiltrer dans une autre entreprise de la chaîne (voir menace 10 : attaque de la chaîne d'approvisionnement). Dans l'attaque du concessionnaire Volvo mentionnée plus haut, par exemple, le point d'entrée suspecté était un portail de travail à domicile avec un mot de passe administrateur faible, provenant peut-être d'une base de données ayant fait l'objet d'une fuite ailleurs. De même, on connaît des cas où des groupes criminels ont accédé à des systèmes de gestion de flotte en obtenant les mots de passe des conducteurs par hameçonnage ou par des fuites. Une fois à l'intérieur, ils ont pu modifier les itinéraires ou désactiver les alarmes, par exemple.

Étude de cas : En 2023, des cybercriminels ont piraté l'entreprise américaine de logiciels CDK Global, qui fournit des systèmes de concession et d'inventaire à des dizaines de milliers de concessionnaires automobiles dans le monde. En conséquence, les processus de vente et de service de plus de 15 000 concessionnaires ont été partiellement interrompus. Bien que cette affaire se soit déroulée en dehors de l'Europe, elle illustre la vulnérabilité : les données de nombreux concessionnaires (clients, stocks, transactions) ont pu être exposées et les activités ont été paralysées pendant plusieurs jours. Dans notre région, la fuite chez Tesla (mai 2023) est également pertinente : deux initiés ont volé 100 Go de données de clients et d'employés, y compris des informations sur des problèmes techniques concernant les voitures Tesla. Bien qu'il n'y ait pas eu de vol direct, cela montre que les plates-formes automobiles elles-mêmes peuvent également être à l'origine de fuites de données. Ces informations, par exemple les adresses des acheteurs de véhicules électriques de luxe, peuvent intéresser les criminels.

 

Le Centre national de signalement des fraudes sur l'internet (National Internet Fraud Reporting Centre) prévient que les données d'identité provenant de fuites de données sont ensuite utilisées à des fins frauduleuses. Par exemple, avec de fausses commandes de transport sous un vrai nom. En 2024, une société de conseil néerlandaise a dû passer 200 000 euros en pertes et profits parce que son identité numérique volée avait été utilisée pour passer des commandes (fraude à l'identité commerciale), ce qui n'a été découvert que tardivement. Dans le contexte de la chaîne de transport automobile, une violation de données ne pose donc pas seulement un risque pour la vie privée, mais augmente également la probabilité d'une criminalité ciblée. La mise en place de droits d'accès stricts, le cryptage et la surveillance adéquate des accès inhabituels aux données sont des mesures défensives essentielles.

 

9. Fraude sur les plateformes de vente de voitures en ligne

Les plateformes de vente de voitures en ligne (telles que Marktplaats, Autoscout24, Mobile.de) mettent en contact les acheteurs et les vendeurs, mais attirent également les fraudeurs. La fraude numérique dans la vente de véhicules est très répandue et prend diverses formes : des fausses annonces pour des voitures inexistantes aux comptes de vendeurs piratés, en passant par les ventes fictives où les paiements sont interceptés. Aux Pays-Bas, la police a enregistré près de 1,3 million d'euros de dommages liés à la fraude sur les ventes de voitures en ligne (127 rapports) en 2023, et à nouveau plus de 1,1 million d'euros de dommages en 2024. Il s'agit généralement de cas où un acheteur verse un acompte pour une voiture qu'il a trouvée en ligne, mais où la voiture n'est jamais livrée. Les criminels créent des annonces d'apparence professionnelle, souvent avec des photos de vraies voitures, y compris de vraies plaques d'immatriculation, qu'ils ont copiées à partir de sites web de concessionnaires. Ils inventent une histoire plausible. Par exemple, le vendeur se trouve à l'étranger et fera transporter le véhicule au Royaume-Uni dès réception du paiement ou de l'acompte. Souvent, ils montrent même de faux documents de transport et des copies de cartes d'identité pour inspirer confiance. Une fois l'argent transféré sur un compte à l'étranger, la piste se perd.

 

L'astuce du moment : Les fraudeurs créent de faux sites web de marchands ou de sites de vente aux enchères bien connus. Les acheteurs peu méfiants pensent qu'ils achètent par l'intermédiaire d'un canal reconnu, mais se retrouvent sur un faux site qui semble presque identique. En France et en Belgique, on a signalé de faux sites imitant des centres automobiles bien connus, avec leurs numéros de chambre de commerce et de TVA. Une fois le paiement effectué, la voiture et le vendeur sont introuvables. En outre, les vendeurs sont parfois escroqués, par exemple au moyen de faux reçus de paiement ou par hameçonnage. Une astuce consiste pour les criminels à se faire passer pour des acheteurs allemands ou danois, à transférer "accidentellement" trop d'argent et à demander au vendeur de rembourser la différence. Le premier paiement s'avère alors être un faux.

 

L'impact de cette fraude n'est pas seulement un préjudice financier pour les particuliers et les entreprises, mais aussi une atteinte à la confiance dans le commerce automobile en ligne. La confiance est essentielle à l'heure de la numérisation. Les plateformes réagissent en diffusant des informations et en adoptant des mesures de sécurité supplémentaires. Autoscout24 met explicitement en garde contre les intermédiaires et la fraude au dépôt fiduciaire, où des tiers proposent d'organiser la transaction. En collaboration avec la police, les annonces suspectes sont retirées plus rapidement. Néanmoins, les fraudeurs continuent de créer de nouveaux comptes et d'utiliser des constructions internationales. Il s'agit donc toujours d'une menace du top 10 avec une composante numérique, mais sous la forme d'une fraude plutôt que d'un piratage.

 

10. Attaques via les fournisseurs et les tiers vulnérables

La chaîne de transport automobile est aussi solide que son maillon le plus faible. Les attaques de la chaîne d'approvisionnement, les attaques via des tiers, constituent donc la dixième menace. Les criminels exploitent la confiance ou la connexion informatique entre les entreprises. Exemple : une entreprise de transport utilise un logiciel d'un fournisseur externe pour la gestion des stocks. Si ce fournisseur est piraté, les attaquants peuvent également compromettre l'entreprise de transport via la chaîne de mise à jour ou d'accès. En 2024, nous en avons eu un exemple avec le logiciel de logistique Blue Yonder: un ransomware passant par cette voie a temporairement mis hors service les systèmes logistiques de grands détaillants (Jumbo, HEMA). Supposons qu'une attaque similaire touche une plateforme de planification ou de suivi de véhicules largement utilisée. Dans ce cas, des dizaines de transporteurs automobiles et de sites de stockage pourraient être touchés d'un seul coup.

Un autre aspect est celui des menaces d'initiés chez des tiers. Les réseaux criminels tentent parfois de corrompre les employés de leurs partenaires. Dans l'affaire "Matador" d'Europol mentionnée plus haut , un initié d'une agence nationale d'immatriculation a facilité de faux enregistrements d'importation pour des voitures de location volées. Dans le domaine de la logistique, il peut s'agir de techniciens informatiques ou de nettoyeurs ayant accès au réseau d'une entreprise qui laissent des failles ou exfiltrent des données pour le compte d'un groupe criminel. Il est difficile de détecter ce type de menaces cachées par l'intermédiaire de partenaires apparemment fiables.

 

Conséquence : Les entreprises doivent non seulement défendre leurs propres murs, mais aussi prendre en compte ceux de leurs fournisseurs et partenaires. Cela implique des exigences strictes pour les fournisseurs de technologies de l'information, des audits des processeurs de données externes et des plans d'urgence communs. En effet, une attaque contre une petite entreprise informatique peut avoir un impact systémique si cette entreprise dessert de nombreux clients dans le secteur. À l'avenir, la législation NIS2 obligera également les fournisseurs à adopter des normes cybernétiques plus strictes, ce qui, espérons-le, réduira cette menace.

 

Conclusion et perspectives

L'ensemble de la chaîne de transport automobile, du fabricant à l'utilisateur final, est confronté à un large éventail de menaces numériques. Les dix risques susmentionnés sont les plus courants et illustrent l'imbrication croissante de la criminalité numérique et physique. Les thèmes essentiels sont la visibilité et le contrôle : une fois que les criminels désactivent les "yeux et les oreilles" numériques de la chaîne (par exemple, brouillage du GPS) ou les trompent (hameçonnage, fausses identités), il devient très difficile d'empêcher le vol ou le sabotage ou de les détecter à temps. De même, les exemples montrent qu'aucun maillon de la chaîne n'est à l'abri : une PME peut être victime d'un piratage aussi facilement qu'une multinationale, et un chauffeur de camion sur l'autoroute est tout autant menacé par des bandes de voleurs high-tech qu'un responsable d'entrepôt dans un port.

 

Lorsque l'on examine ces menaces, il est frappant de constater que les mesures de sécurité traditionnelles sont souvent incapables de résister aux astuces numériques. Par exemple, une serrure physique ne détecte pas une attaque par relais, et un système d'alarme ne permet pas de lutter contre un compte d'accès piraté. L'une des lacunes possibles de l'approche actuelle est le partage des informations sur les menaces tout au long de la chaîne. De nombreuses entreprises n'apprennent l'existence d'un nouveau mode opératoire que lorsqu'elles en sont elles-mêmes victimes. Des initiatives telles que les centres sectoriels de partage et d'analyse de l'information (ISAC) pour la mobilité peuvent améliorer cette situation.

 

Que fait TransConnect pour lutter contre les cybermenaces ?

Des initiatives telles que la validation QR de TransConnect sur les procurations montrent comment les innovations intelligentes peuvent directement contribuer à une plus grande sécurité et transparence dans la chaîne. Grâce à nos certifications ISO 27001 et ISO 9001, la sécurité de l'information et l'assurance qualité sont profondément ancrées dans tous les processus. En associant ce type d'améliorations technologiques à la collaboration et à une cyberhygiène saine, le secteur peut mieux gérer les menaces numériques et préserver la résilience de la chaîne de transport automobile face aux criminels du XXIe siècle.

 

Enfin, une coopération en chaîne est nécessaire : l'industrie automobile, les transporteurs, les assureurs et les pouvoirs publics doivent travailler ensemble. Ce n'est possible qu'avec une stratégie de défense holistique et multicouche. Ce n'est qu'en combinant la vigilance numérique et la sécurité physique que le secteur pourra résister à des formes de criminalité de plus en plus sophistiquées.